De la Villa Medicis, j’ai emprunté les bus, les trains, j’ai rejoint les quartiers de banlieues autrefois bidonvilles, j’ai dépassé les Borgates puis j’ai poussé plus loin encore dans la nature environnante, quitté les routes pour emprunter des sentiers, sans autre but que de cultiver le vide en tournant le dos, aux monuments historiques.
Au XVII siècle, Nicolas Poussin (l’étranger de Rome) estimait que pour réfléchir, pour faire oeuvre, il fallait : «errer fuori le mura», errer à l’extérieur des murs. 

New-York est-elle la même ville après un film comme « Manhattan » de Woody Allen, Berlin après « les ailes du désir » de Wim Wenders, Rome après « Mamma Roma » de Pasolini ? Une caméra transforme les lieux. Elle dessine de nouvelles cartes, inhabituelles, sous la forme d’un récit, ou d’une émotion visuelle. Alors le cinéma devient un moyen de transport. L’errance possède une vraie charge critique et bénéfique, elle redonne à l’homme le temps de regarder, de se ré-approprier sa pensée. 

Depuis Rome, j’ai emprunté les bus, les trains, j’ai rejoint les quartiers de banlieues autrefois bidonvilles, j’ai dépassé les Borgate puis j’ai poussé plus loin encore dans la nature environnante, quitté les routes pour emprunter des sentiers, sans autre but que de cultiver le vide, d’être absorbée dans un paysage, de cesser d’être moi. Mon problème n’étant pas d’inventer, encore moins de ré-inventer 
l’espace, mais de le lire, c’est à dire d’interroger celui-ci à ma façon, de transcender le réel pour en donner ma vision. 
Mon travail sur la nature ne relève pas d’une démarche moderne ou idéologique, mais plutôt comme le terrain de jeux de mon inconscient. Prendre un chemin qui ne mène nulle part est pour moi un moyen de communion avec le monde. C’est un cheminement physique et mental où le corps s’intègre au lieu, à la manière de Cézanne qui s’efforçait, je cite « d’unir des courbes de femmes à des épaules de collines ». 

Dans ma déambulation, j’ai tourné le dos aux monuments historiques qui n’expriment pas l’être des sociétés mais peuvent l’étouffer. Dans mes photographies, les choses sont là, ont toujours été là, enfouies quelques part, dans une grande banalité. Les apparitions sont lentes, discrètes, peu spectaculaires tel l’émergence de Terence Stamp dans le film « Théorème » de Pasolini qui arrive sans bruit, comme un brouillard. 

Stéphanie Lacombe 


Résidence réalisée à la Villa Médicis avec le soutien de la Fondation Lagardère.
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